Inutile de vouloir rendre l'espace public numérique à
tout prix : il faut que chaque ajout de service ou de technologie
réponde à un véritable besoin pour être adopté.
Entretien avec
Albert Asseraf, Directeur Général Stratégie, Etudes et Marketing France chez
JC Decaux, à l'occasion du
New Cities Summit qui se tenait 14 au 16 mai 2012 à Paris-La Défense.
Comment la technologie intègre t-elle l'espace public ?
Après avoir irrigué tous les lieux fermés tels que le bureau, la
maison ou les aéroports, le digital va effectivement irriguer l'espace
public. On voit d'ailleurs apparaître, en ville, des écrans digitaux.
Mais encore faut-il qu'elle soit utile. Car le mobilier urbain augmenté
n'a de sens, dans l'espace public, que s'il a une utilité avérée
répondant au plus grand nombre. Sinon, il encombre l'espace public. Il
doit donc répondre aux attentes concrètes de ceux qui s'y trouvent, à
savoir avoir de plus en plus d'information, en temps réel, et surtout la
bonne information au bon moment. Demain, le smartphone sera une
commodité, et les personnes voudront avoir accès à du wi-fi gratuit
partout où ils se trouvent. Il faut donc apporter plus que ce que l'on a
dans la poche grâce à son smartphone. C'est par exemple ce que JC
Decaux a voulu faire avec les décodeurs urbains à Paris en offrant des
applications que l'on ne trouve pas sur smartphone, car ce qu'a
développé Apple avec son magasin d'applications devient une référence.
Ce mobilier peut proposer, par exemple, en fonction du temps disponible,
un itinéraire pour découvrir un quartier.
Est-ce que ces nouveaux mobiliers urbains pourraient changer notre environnement ?
Dans une ville, il y a deux types d'espace. D'abord, les lieux
d'attente, comme les abribus avec éventuellement un accès à de nouveaux
services. Ensuite, des lieux de repos ou de travail. Aujourd'hui, à
Paris par exemple, si l'on veut travailler ou se reposer, il y a la
maison, les bancs publics peu nombreux ou les cafés. Et la technologie
peut créer des espaces et des nouveaux usages. C'est le cas de l'Escale
Numérique, situé au rond-point des Champs-Elysées, qui est un territoire
connecté pour se reposer, travailler ou consulter des informations,
développé dans le cadre de l'appel à projets de la Ville de Paris. JC
Decaux a également pensé au divertissement par exemple, puisque nous
installerons également deux tables numériques dans un jardin public
permettant d'accéder à des applications de jeu. Et puis la technologie
peut également participer à reformer une vie de quartier. Nous avons
inauguré le e-village à la Gare de Lyon, un ensemble de mobiliers
interactifs d'informations et de petites annonces très locales. Donc ça
pourrait devenir un lieu d'échange et pourquoi pas de transaction.
Quel est le rôle de chaque acteur ?
D'abord il y a bien sûr la ville qui décide si oui ou non elle lance
un appel à projet, pour quel type de projet et pour quels usages,
c'est-à-dire en analysant les attentes des citoyens pour pousser à
l'innovation. Bien sûr, une entreprise comme JC Decaux est prête à y
participer puisque c'est notre métier. Et puis ensuite, il faut trouver
un modèle économique. Le nôtre c'est le financement intégral par la
publicité, sans coût pour la collectivité. Ce qui aurait un impact
important pour les annonceurs qui, grâce à la géolocalisation,
pourraient diversifier leur communication en fonction de l'endroit par
exemple. Bien sûr, en respectant la vie privée et l'espace public grâce à
des services utiles.