A lire sur: http://www.businessmobile.fr/actualites/quel-avenir-pour-les-applications-mobiles-paroles-croisees-de-developpeurs-39770824.htm#xtor=EPR-100
Débat -
Plates-formes mobiles, m-commerce, publicité, essor d'HTML 5 :
Christophe Léon patron de Pure Agency et Adrien Dassault, d'Heliceum
évoquent pour BusinessMobile.fr leurs visions du marché et ses
perspectives.
En quelques années, les applications mobiles ont crée tout un
écosystème, une manne qui alimente différents acteurs avec les applis en
elle même mais aussi la publicité et le m-commerce qui y sont associés.
Pour
autant, rien n'est établi et les choses évoluent très vite. Impossible
de se reposer sur ses lauriers, il faut sans cesse anticiper pour ne pas
disparaître. Les évolutions techniques, les nouvelles plates-formes
mobiles associées aux nouveaux leviers de revenus font que le modèle des
applications mobiles est aujourd'hui à la croisée des chemins.
Nous
avons donc décidé d'interroger deux spécialistes du secteur, deux
regards assez différents puisque évoluant dans des structures de taille
très différentes. Christophe Léon, p-dg de Pure Agency, créée en 2009,
qui figure parmi les leaders des agences mobiles en France avec une
approche à 360 degrés et des clients de renom comme TF1, l'Oréal...
Adrien
Dassault dirige de son côté Heliceum, jeune start-up fondée il y a
moins d'un an, qui développe des applications mobiles pour son compte
dont Fakers (création de fausses unes de journaux) déjà téléchargé à 500
000 exemplaires.
Premier constat de taille, les annonceurs sont
désormais sortis de la phase du 'test&learn' en matière de mobile.
Les stratégies s'affinent et les entreprises se dotent de ressources
dédiées. Pour faire simple, il y a beaucoup plus de maturité qu'il y a
un an.
Mâturité
"Pour certains annonceurs comme
les e-marchands, il y a une vraie volonté d'industrialisation car 7 à
10% de leur trafic vient du mobile et 3 à 12% de leurs revenus aussi. Il
y a une demande de produits hybrides plus sophistiqués pour optimiser
la performance économique des applications en accompagnant le client
avant, pendant et après la vente.", souligne Christophe Léon.
Et
d'ajouter : "les marques gagnent également en maturité. Il s'agissait au
départ de véhiculer une image, maintenant elles cherchent à un contact
direct avec le client. La tendance est de proposer des applications qui
ont une approche CRM, à savoir un système relationnel à travers le
mobile". Rappelons que 80% des revenus du commerce mobile sont générés
par les applications (hors téléchargement).
Cette montée en
puissance est due à une prise de conscience alimentée par l'essor de
l'usage des smartphones mais aussi et surtout par l'émergence d'outils
de mesure de trafic et de mesure de retour sur investissement (ROI).
"Pour
que l'annonceur investisse, il lui faut des outils de mesure", souligne
le patron de Pure Agency. L'audience est désormais évaluée par de
nombreux outils comme ceux de Google ou de Médiamétrie (pour la France).
"Mais le ROI reste à labourer", ajoute le spécialiste.
"Le
calcul de la performance publicitaire était par exemple impossible
jusqu'à l'année dernière. Nous avons donc développé en interne un outil
(PureROI) qui permet d’analyser les parcours utilisateurs sur leurs
applications et leurs sites, de calculer précisément le ROI de chaque
euro investi en média mobile, de piloter des campagnes CRM mobiles
personnalisées par push-notification."
Autant d'outils qui
élargissent les possibilités, notamment en matière de m-commerce. Ce
dernier a progressé de 100% en un an en France et représente déjà un
milliard d'euros de revenus. Selon une étude Kelkoo et réalisée par le
Centre for Retail Research, en France, la part des achats effectués sur
mobile devrait
représenter 4,6% du marché de l’e-commerce en France en 2012.
Des outils de mesure qui favorisent le m-commerce
"Les
taux de conversion sur les bonnes applis marchandes sont en moyenne de
1,7% (deux fois plus que le e-commerce classique). Par ailleurs, le
m-commerce crée une passerelle totalement inédite entre le web et la
distribution physique", souligne Christophe Léon.
Des
perspectives prometteuses mais qui se heurtent à des choix économiques.
Faut-il être présent sur toutes les plates-formes ou pas ? Android,
pourtant dominateur sur le marché est-il toujours pénalisé par sa
fragmentation ?
"iOS reste un choix pragmatique", indique Adrien
Dassault d'Heliceum. "Android souffre encore de sa complexité dans le
développement et de son modèle économique peu satisfaisant avec 98% des
applications disponibles qui sont gratuites. Même si la situation
d'Android s'améliore, beaucoup de structures comme la nôtre, pour une
question de ressources, préfèrent se concentrer sur l'OS d'Apple." Et
d'ajouter : "le vrai problème, c'est la rentabilité, le piratage et le
paiement".
Et Windows Phone ? "Il y a un fort potentiel",
souligne le spécialiste. "Microsoft subventionne les développeurs qui
ont de bons produits et il y a de vrais liens entre l'OS, la console
Xbox et les PC mais pour le moment ce n'est pas un choix prioritaire".
Même
tonalité de la part de Pure Agency. "C'est la plate-forme qui a la
capacité à émerger, il y a une proposition ergonomique intéressante. Il y
a de la curiosité mais pas de demandes fermes de la part des
annonceurs".
Reste que l'App Store est encombré et il est bien
difficile d'émerger. "La qualité reste le critère numéro un", tempère
le développeur. "On peut alors générer assez rapidement un retour sur
investissement". Pas sûr néanmoins que ce principe s'applique
systématiquement.
D'ailleurs, pour Christophe Léon, la situation
évolue. "L'hégémonie d'iOS est une réalité car il capte l'essentiel des
revenus issus de la publicité et du m-commerce. Il est bien devant
Android en matière d'usages et de monétisation. Et ce malgré l'équilibre
en termes de parc installé. Néanmoins, Android atteint une masse
critique qu'on ne peut ignorer. Au lieu de se poser la question de la
plate-forme, il faut raisonner autrement".
HTML 5 : ou comment contourner les guichets des stores
Différents
modèles émergent comme l'approche hybride qui combine application
mobile et site Web. "La coquille applicative est réduite tandis que
l'acte d'achat passe par le Web par exemple. Cela permet de générer des
économies et faire du multi-OS", explique Christophe Léon.
On
peut également évoquer le HTML5 qui ouvre la voie aux WebApps. Il s'agit
de pouvoir développer une fois pour toute des applications qui
s'exécutent à
travers n'importe quel navigateur (et donc n'importe quel OS mobile) en
utilisant les standards du web. L'OS mobile de Mozilla et BB10 de RIM
misent particulièrement sur cette nouvelle approche universelle.
Adrien
Dassault d'Heliceum est néanmoins réservé. "Cela ne s'appliquera pas à
toutes les applications, notamment les jeux. Proposer une offre native
et universelle représentera un changement de taille qui offrira plus de
simplicité. Mais on se demande si l'expérience utilisateur pourra être
la même. Pour nous, ce n'est pas encore mâture".
Pour Christophe
Léon, c'est tout le contraire. "100% de nos projets prennent en compte
cette double approche : application native et HTML5. Les principaux
avantages sont la capacité d'autonomie vis à vis des stores, la
portabililté beaucoup plus forte, voire instantanée. L'expérience est
finalement assez proche (excepté les notifications propres aux
applications natives) avec le support de la boussole, du gyroscope ou
encore une bonne fluidité. C'est la vraie tendance de fond..."
Les
deux mondes coexisteront mais une chose est sûre, certains secteurs
vont contourner les guichets des stores ce qui créera des
'business-mode'l complémentaires...